Ce soir, je m'abandonne aux quelques touches du clavier avant de penser au néant et aux sables mouvants. J'aurais bien sur aimé te donner le meilleur de moi-même plutôt que les éclaboussures de l'encre sur le papier désormais sali, mais je n'ai pu m'empêcher d'être faible. Je ne le peux toujours pas. Je reste seulement là, enfermée dans cette pièce, assise ici, à écrire. Bien sûr qu'écrire sur toi ne me soulagera pas, je le sais mais c'est plus fort que moi. C'est comme une chose absolue, qui vous domine et qui vous tue. Mais pas tout de suite. Pas d'un coup vous voyez, non ça serait trop facile. Non ça vous prend dans les tripes, ça joue dans votre estomac, ça vous retourne la tête et vous emmêle les pieds ; finalement, ça vous flingue dans chaque partie de votre être le plus doucement possible. Oui ça vous tue à petit feu. C'est plus sadique comme ça, parce-que oui, l'amour est quelque chose de sadique. Y a pas de papillons, de fleurs jamais fanées dans une prairie toujours verte, y a pas non plus de douces mélodies à vous emporter. Non c'est des conneries tout ça. La seule chose qui vous emporte, c'est la douleur. Ah oui, elle vous emporte tellement loin. Elle vous prend et vous met au bord de la route, à un endroit d'où vous aurez du mal à revenir si vous n'y êtes jamais allé auparavant. Oui mais c'est ça l'amour, l'amour c'est bon quand on en connait les conséquences. Seulement non ça ne marche pas comme ça. Y a toujours un début, une première fois à tout. Et vous allez me dire que je ne suis qu'une pessimiste, une horrifiée des sentiments ; oui peut-être, mais je préfère m'en méfier maintenant que d'en souffrir après. Parce-que jamais, pour rien au monde, je ne voudrais être à la place de qui que ce soit d'entre vous, qui laisserez partir la personne que vous aimiez le plus au monde, parce-que quoi qu'il arrive, un jour ou l'autre, elle finira bien par partir, et quoi que vous en pensiez, que vous le montriez ou non, ça vous fendra le coeur. Mais je m'en fiche, et j'en ris même. Donnez votre coeur, allez y, riez, aimez, partagez, mais un jour, vous souffrirez.